Portrait de marcheuse – Sanja

Rencontre avec Sanja, trait d’union entre la Bretagne et le Québec

La marche des femmes invisibles est née de l’autre côté de l’Atlantique, à Montréal dans la province du Québec. Info ou intox ? Pour le savoir, nous avons fait le voyage jusqu’à… Douarnenez dans le Finistère. C’est ici que séjourne Sanja depuis quelques mois. Rencontre avec une femme engagée au Canada, qui avant de s’envoler vers son pays d’adoption a accepté de nous livrer la genèse du projet. 

La marche des femmes invisibles est née d’une rencontre entre Gwen et Sanja, de l’autre côté de l’Atlantique, à Montréal plus précisément. « J’étais alors directrice médicale d’une maison de soins palliatifs et j’ai eu la chance d’accueillir Gwen en stage. C’était en 2013 si mes souvenirs sont bons ». Les deux femmes ne se connaissaient pas, mais le courant est vite passé entre elles. « Nous avions beaucoup de choses en commun ». Connectées, elles le sont encore aujourd’hui ! « En avril, j’ai appelé Sanja pour une amie qui recherchait un stage et à cette occasion, je lui ai parlé de La marche des femmes invisibles en lui disant qu’elle y était pour beaucoup dans ce projet », explique Gwen. Et étonnement, ce jour-là, Sanja ne répondait pas du Canada, mais de Douarnenez ! « Coincée » en Bretagne en pleine pandémie, Sanja venait tout juste de rejoindre sa fille, installée en France depuis trois ans. « C’est vrai que c’est au Canada que l’idée a germé », confie Gwen. « Lors de mon séjour, j’ai été stupéfaite par l’engagement à la fois du personnel médical et de la population qui mènent ensemble des actions. Ce peut être des défis sportifs, des collectes, des ventes lors de soirées privées ; le but étant de financer l’achat de matériels, la réalisation de travaux… C’est incroyable ». 

Donner de son temps, de son énergie pour le bien-être des patients et de leurs familles, c’est cet élan de générosité qui a porté Gwen vers son projet de marche de solidarité. « Marcher pour défendre une cause ne me suffisait pas. J’avais besoin de partager ces moments avec d’autres pour donner encore plus de sens à cette entreprise », précise Gwen. « Au Canada, les structures médicales font appel à des fondations pour lever des fonds et tout le monde participe aux actions, le personnel, comme les amis du personnel, mais aussi la population… », complète Sanja. Quatre jours de kayak à ne plus pouvoir lever les bras à la ligne d’arrivée, cinq jours de randonnée en Corse, Québec-Montréal à vélo, ascension de hauts sommets…, des défis sportifs de taille au regard du tour de Bretagne à pied ? « Pas du tout » ! répond Sanja. « Je trouve cette démarche très forte et ancrée dans la vraie vie car Gwen a choisi de marcher par étapes, en conciliant son travail et tout le reste. Cette ouverture, cette capacité à accueillir l’autre simplement, en faisant un bout de chemin ensemble, dans la bienveillance, c’est ce qui me plait dans cette initiative ».           

Pédiatre sociale à Montréal

Née à Belgrade dans l’ex. Yougoslavie, Sanja a grandi en France, en région parisienne où elle a fait ses études de médecine pour devenir pédiatre. Mariée à un médecin breton et mère de trois enfants, Sanja s’envole avec sa famille pour Montréal en 2001. Aujourd’hui, à 60 ans, elle exerce le métier de pédiatre sociale. A ce titre, elle accompagne des enfants vulnérables, souvent issus de familles de migrants ou des quartiers pauvres. « J’exerce au sein d’une équipe pluridisciplinaire qui pratique une approche globale de l’enfant. On travaille avec les crèches, les écoles, les familles, les structures sociales… On ne guide pas les enfants et leur famille, on  ne poursuit pas un but ou un idéal prédéfini , on les accompagne là où ils peuvent aller, pour leur permettre d’atteindre au mieux  leur plein potentiel . Et ce chemin qui tient compte de plusieurs points de vue est plein de découvertes, souvent très inspirantes ». 

L’éducation des filles, la place des femmes dans notre société sont des sujets qui touchent Sanja de près. « Je reçois beaucoup de femmes musulmanes, parfois en grande précarité. De nos échanges, les aprioris se dissipent pour ne retenir que la tolérance, l’ouverture, le respect mutuel. C’est très enrichissant sur le plan humain, mais c’est aussi un métier très accaparant qui nécessite des temps de pause. La marche entre amis permet cette déconnexion.

Intarissable sur son métier qu’elle partage avec fierté et générosité, Sanja reprend son souffle pour raconter une nouvelle anecdote. « Alors que nous étions en train de marcher avec Gwen, j’ai reçu un coup de fil d’une collègue canadienne qui m’annonçait qu’un généreux donateur avait légué toutes ses économies à notre structure nous permettant d’offrir plus de services ». Une aubaine pour toute l’équipe, qui attend avec impatience le retour de Sanja au Canada. « Cela fait six mois que je suis en Bretagne et maintenant j’ai hâte de repartir et de retrouver mon travail » !  

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